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Archive pour septembre 2018

Macron et les derniers de cordée

Lundi 24 septembre 2018

Il vient de publier son plan anti pauvreté. Alors que la pauvreté est le produit des inégalités sociales, Emmanuel Macron a, comme sur beaucoup de choses, une vision néolibérale concernant les causes de la pauvreté il met en avant les accidents de la vie et la malchance. Pourtant trois quarts des français ne sont pas convaincus par la capacité de Macron à lutter contre la pauvreté si l’on regarde les derniers sondages. Sa politique reste orientée vers les citoyens les plus aisés. Pour les plus démunis, il propose un revenu universel d’activité; on pourrait penser qu’universel veux dire que l’on verse la même somme à tout le monde mais pas du tout.

C’est le troisième terme qui change tout, pour Hamon c’était un revenu universel de subsistance de 600 € versé à tout citoyen dénué de ressources sans autre condition. Chez Macron c’est un revenu universel d’activité qui complétera des revenus préexistants et cela change tout car pour en bénéficier l’allocataire devra répondre à plusieurs critères. Son attribution sera conditionnée aux ressources de l’individu ou de sa famille et il devra s’inscrire dans un parcours d’insertion. Il bénéficiera d’un accompagnement et d’une aide, mais il perdra cette aide financière s’il refuse deux propositions d’emplois dits raisonnables ! Où va se nicher la raison !

D’un point de vue financier, ce plan est loin d’être satisfaisant : 2 milliards par an pour 8 millions de pauvres, tout calcul fait cela donne 70 centimes d’euros par jour et par pauvre alors qu’il a rendu plus de 3 milliards à 300 000 français qui étaient assujettis à l’ISF. Ce sera insuffisant pour régler le repas de cantine à 1 euros proposé par Emmanuel Macron.

Dans son plan il a oublié l’un des aspects de la pauvreté la difficulté à se loger; sans oublier les  SDF, ils y en a beaucoup, qui bien que travaillant, ont du mal à payer leur loyer et sa réforme des APL ne va sûrement pas améliorer les choses.

Pour les futurs pauvres que sont les chômeurs, il leur propose de traverser la rue dans les clous (sûrement) pour trouver n’importe quel boulot; pour les retraités fortunés (plus de 1 200 € par mois !) en augmentant la CSG, en ne revalorisant pas leur retraite, il les envoie dans le mur ! 60 000 chômeurs de plus en un an et 600 000 pauvres de plus en 10 ans, il faudra bien plus qu’un plan croupion pour résoudre les problèmes de notre société inégalitaire.

 

Pas tous égaux devant les pompes funébres

Lundi 17 septembre 2018

Dans le cadre de la loi de la moralisation de la vie publique, les députés se sont votés une exonération de la CSG sur leurs frais de mandat parlementaire, vous allez me dire ce n’est pas grand chose, 400 et quelques euros par an; mais un sou, c’est un sou, disait ma grand-mère et on ne voit pas ce qu’il y a de moral là-dedans. Mais pas de chance, ils sont rattrapés d’un autre côté par la réduction de leur indemnité pour frais d’obsèques qui pouvait atteindre quand même plus de 18 000 € au maximum et est maintenant ramenée à 2 350 € c’est plus raisonnable. On peut se demander quel est l’intérêt d’une telle prime dans la mesure où ils n’en bénéficient qu’après leur mort ou du moins leur veuve. Mais dans la mesure où ils peuvent aussi l’utiliser pour les obsèques de leur femme ou de leurs enfants à charge cela devient intéressant de leur vivant. 

En année pleine, comme en 2017, le coût pour l’état de cette allocation dépassait les 500 000 € aussi, en période de restriction budgétaire, sa réduction n’a rien de scandaleux; pourtant certains députés ne sont pas satisfaits de cette décision, prise par le bureau de l’assemblée nationale sans qu’ils en aient été informés au préalable, argumentant que si l’on supprime tous les avantages liés à leur fonction, il risque de ne plus y avoir de candidats pour faire de la politique. Pas sûr quand même, car il y a d’autres avantages au niveau de ce statut d’élus de la république, une indemnité mensuelle conséquente de l’ordre de 7 000complétée par une indemnité de représentation de presque 6 000 € et en plus un crédit de presque 10 000 € pour rémunérer ses assistants parlementaires et j’en passe. On ne va pas pleurer et beaucoup de français seraient satisfaits de ces rémunérations. De plus cette prime d’obsèques est à vie, si l’on peut dire, dans la mesure où elle est maintenue même après avoir quitté l’assemblée pour les anciens élus.

En ce qui concerne les sénateurs, une allocation dite funéraire correspond à 6 mois de rémunération est versée pouvant atteindre jusqu’à 36 000 € dont le reliquat après paiement des frais d’obsèques reste acquit à la succession ! Au décès le conjoint survivant continue à toucher 60 % de la pension et les enfants 10 %. Macron a raison, il faut réformer leur retraite. De plus la protection sociale des sénateurs est exceptionnelle, car ils bénéficient d’une caisse autonome de sécurité sociale qui assure les prestations de maladie, de maternité et de décès. Il y a même une caisse de retraite, propre au sénat et largement bénéficiaire, qui leur assure le versement de leurs pensions avec une complémentaire qui leur assure une retraite deux fois et demi plus élevée que celle des députés et s’ils ne sont pas réélus, on leur verse une aide au retour à l’emploi conséquente mais quand même dégressive pendant 3 ans. Elle est pas belle la vie … de sénateur ?

Le Véganisme : religion ou mode de vie ?

Lundi 10 septembre 2018

 Issu d’une famille (trois générations de charcutier) qui a prospéré grâce à la viande de porc, il m’est difficile de comprendre le développement récent du moins en France de ce mouvement nutritionniste. Ses origines, comme beaucoup de choses pas toujours excellentes qui nous viennent de là-bas avec souvent beaucoup de retard, sont Nord américaines. En effet le véganisme est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale aux USA sous forme d’une « Vegan society » qui en a donné une définition : « philosophie et façon de vivre qui exclut toute forme d’exploitation des animaux que ce soit pour se nourrir ou s’habiller et pour tout autres usages ». En France c’est beaucoup plus récent une « Vegan Society » n’a été créée qu’en 2010 et le terme n’est rentré au Larousse qu’en 2015. 

Ce mouvement prône l’arrêt de la consommation de viande par les humains faisant fi du fait que se nourrir de viande fait partie de l’histoire de l’homme. Ce mode de vie n’est ni écologique ni éthique comme ses adeptes ont tendance à le présenter et à le croire. En effet, les plantes comme les animaux sont des êtres vivants; si le véganne respecte la partie animale, il néglige le monde végétal et le cri de la carotte lorsqu’on la râpe (on ne sait encore que très peu de choses sur la sensibilité des plantes hormis qu’elles sont parcourues de micro courants électriques véhiculants de l’information). Si le véganisme présente quelques points communs avec les religions comme les interdits alimentaires et une tendance au prosélytisme; plus précisément le véganisme porte un mauvais coup à notre mode de vie, au monde agricole en général et en particulier à nos relations avec les animaux en essayant de nous culpabiliser.  Loin d’un comportement écologique ils sont responsables du développement d’un nouveau volet de l’industrie agroalimentaire qui leur fournit des produits sans protéines animales comme les plus récents : « les knakis végétals » qui viennent d’être mis sur le marché ou « le salmon végétal marin » fausses tranches de saumon  à base d’algues et en particulier d’une espèce : odontella aurita que j’ai utilisée comme modèle dans de nombreuses expériences (responsable mais pas coupable). 

Les Vegan si l’on y ajoute les végétariens restent peu nombreux, environ 5 % de la population française par contre ils ont une audience importante réhabilitant la notion de « bien » : eux-mêmes les mangeurs de carotte et de « mal »: les omnivores mangeurs de biftecks, morale binaire rassurante et simpliste, d’où son succès. Aussi les non végans doivent se justifier alors que ce sont les végans qui portent préjudice à notre mode de vie même si, il faut le reconnaître, notre système d’alimentation est trop centralisé avec plus de 65% d’insatisfaits; il est dans la main des industriels de l’agroalimentaire alors qu’il faudrait faire évoluer le système actuel d’agriculture productiviste qui nous fournit de la mauvaise viande et de mauvais fruits et légumes en dégradant le milieu et au détriment des petits paysans. Cela bouge mais très doucement.

Ceci étant dit, le veganisme n’est pas la solution à ces problèmes. Ils ne vont ni sauver les animaux, ni l’agriculture bien au contraire. Ils prônent la disparition de l’élevage, et de la polyculture qui y est associée, pourtant pourvoyeurs des amendements indispensables à l’entretien et à l’enrichissement des sols où poussent leurs legumes. D’un point de vue santé, l’alimentation Végane est loin d’être une panacée en-dehors des nombreuses carences qu’elle génère et en particulier la carence en vitamine B12,  les végétariens semblent avoir une espérance de vie plus longue que les omnivores, ils consomment malgré tout en plus des légumes des produits provenant de l’élevage comme le lait, les fromages et les œufs. Les végans au régime ultra-sans viande c’est moins sûr car ils doivent consommer des protéines d’origine végétale mais le plus souvent  transformées en faux produits carnés. En supprimant toute relation avec le monde animal, ils s’enferment dans les villes, se coupent du milieu naturel et se placent sous la dépendance d’une alimentation industrielle. Les militants végans se prennent pour des révolutionnaires alors que ce sont de dangereux intolérants qui menacent de nous mener à la famine en nous ramenant à l’agriculture prédatrice des temps anciens, et en reniant les avancées que sont la polyculture et l’élevage.

Pour finir, la tolérance n’est pas une vertu du véganisme ainsi les bouchers-charcutiers en viennent à demander la protection de la police face aux agressions de groupuscules végans au nti-viande et anti-élevage. Il y a encore pire que les végans, les antispecistes qui considèrent qu’il n’y a pas d’espèces supérieures aux autres. Ils ont ainsi protesté contre l’utilisation des pigeons voyageurs durant la guerre 14/18 qu’ils considèrent comme une exploitation de l’animal en taguant sur le monument au mort érigé à leur mémoire « stop spécisme ». C’est pousser un peu loin la bêtise, mais  comme disait merveilleusement Audiard dans la bouche de Lino Ventura, les cons ça ose tout…

Hulot

Lundi 3 septembre 2018

Enfin il a démissionné, il va pouvoir partir en « vacances », depuis le temps qu’il avalait des couleuvres, il devait frôler l’indigestion. Mais plus intéressant, ce sont les circonstances et ses explications, il avait supporté la veille une rencontre avec le représentant du lobby des chasseurs dont Macron a besoin pour les prochaines élections, un million deux cent mille électeurs cela ne se néglige pas, aussi notre président s’est plié à leurs demandes acceptant la baisse de moitié du prix du permis international de chasse, précédemment il avait déjà relancé les chasses présidentielles de Chambord, aime-t-il vraiment la chasse ou seulement les bulletins de vote des chasseurs ?

 En démissionnant Nicolas Hulot nous met en garde sur le fait que ce sont les lobbies qui gouvernent actuellement notre pays, ce qui explique les difficultés qu’il a rencontré pour faire avancer ses dossiers. Ainsi le lobby nucléaire sur la fermeture des centrales, celui de la FNSEA et du monde agricole sur l’agriculture productiviste, celui de la chimie sur le glyphosate, celui des pétroliers en faisant la guerre au développement des énergies renouvelables, celui de la pharmacie en favorisant la consommation de médicaments inutiles et surtout celui des chasseurs, pas vraiment défenseurs de la biodiversité puisqu’il veulent maintenant pouvoir tuer des espèces jusque là protégées, qui a fait déborder le vase.

 

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Mais surprise, Ségolène Royale qui semble être intéressée par le poste bien qu’elle dise le contraire, mise en hibernation car nommée ambassadrice des pôles nord et sud par Macron, se démarque en taclant Nicolas Hulot. Elle lui reproche sa démission et se déclarant être favorable aux lobbies qu’elle considère comme  légitimes car s’ils défendent les intérêts du privé, c’est nécessaire à la politique puisque cela permet de définir et de défendre, à partir de leurs propositions, l’intérêt général (comme macron sa pensée est complexe !). Quoiqu’il en soit, autour d’Emmanuel Macron les lobbies semble jouer un rôle important dans les décisions politiques ce qui pour Nicolas Hulot était insupportable et anti-démocratique.

Au niveau européen il y a un fort déséquilibre entre le privé et les intérêts publics; les nombreux lobbies ( plus de 3000) ont une influence significative dans la mesure où ils participent aux comités consultatifs de la Commission Européenne. Le nombre de lobbyistes est estimé à plus de 20 000, plus nombreux que les fonctionnaires européens et disposants de moyens financiers importants; très serviables, ils contribuent à l’élaboration des textes, rédigent des amendements, font des propositions législatives. Pour compléter le tableau, le pantouflage, qui consiste pour un ancien fonctionnaire européen de se faire embaucher dans le privé et ainsi de travailler à des activités de lobby ou de conseil pour la société qui l’emploie, est condamnable mais pourtant très répandu. Le plus flagrant et le plus scandaleux est la récupération de Barroso (ancien président et  retraité de la commission européenne) par la banque d’affaires Goldman Sachs.

Ainsi les multinationales jouent un rôle essentiel car, le plus souvent, elles sont le moteur de la construction européenne dans la mesure où ce sont elles qui créent emplois et croissance. Comme le gouvernement d’Édouard Philippe, le spectacle qu’offre les institutions européennes est celui d’une démocratie capturée par les intérêts économiques. Les intérêts publics et privés sont intimement mélangés et le contrôle citoyen est réduit au minimum. Les prochaines échéances électorales européennes vont elles changer la donne au moins au niveau français, on peut l’espérer dans la mesure où ce gouvernement est loin de faire l’unanimité avec ses mesures antisociales, et que nous sommes encore d’irréductibles gaulois comme le souligne notre bon président !