Archive pour avril 2016

Enseignants-chercheurs, on s’occupe de vous !

Vendredi 29 avril 2016

 

 

Connaissez vous l’IGAENR ? Peut-être pas et pourtant elle s’occupe de vous :

c’est « L’inspection Générale de l’Administration de l’Education Nationale et de la Recherche ». Un rapport de 137 pages récemment publié par cet organisme précise à quelle sauce vous allez être mangé.

Concernant votre statut, les rédacteurs constatent que « Les enseignants-chercheurs sontdes fonctionnaires (ils n’osent pas dire privilégiés, mais ils n’en pensent pas moins) qui bénéficient d’une grande indépendance (c’est pourtant cette liberté qui leur permet d’exercer l’ensemble de leurs fonctions sans pression niérarchique) avec l’assurance de l’emploi à vie. Ils reconnaissent quand même que la France n’est pas le seul pays où les universitaires sont des fonctionnaires mais que dans de nombreux états, ce statut est en voie d’extinction. Ils constatent  qu’en contrepartie de nombreux pays ont  récemment mis en place un dispositif (Canada dry) proche de l’emploi à vie, la «tenure» (un terme malheureusement intraduisible en français), statut auquel les enseignants-chercheurs peuvent accéder aprés une période probatoire de plusieurs années d’un statut précaire: le «tenure track».

 

Dans un certain nombre de pays, le contrat de «tenure track» est souvent associé à un « package » (pardon un paquet en français, je suis contaminé !) comprenant, outre une rémunération conséquente mais contractuelle de l’enseignant-chercheur, un financement pour sa recherche un espace de travail pour cinq à six personnes avec les crédits correspondants, un salaire pour un ingénieur, deux post-docs et deux thésards » d’après l’Académie des Sciences. Vu comme cela ce statut est très attirant, mais traditionnellement en France, sauf cas particulier, il faut d’abord faire ses preuves en recherche sans financement avant d’être financé par la loterie de l’ANR.

 

Dans l’attente d’atteindre ce statut merveilleux, cette commission recommande de « généraliser la modulation en remplaçant la règle uniforme des 192 h équivalent TD par un système individualisé de fourchettes horaires » donc à la tête du client;

elle propose pour ce faire d’«autoriser le conseil d’administration des établissements d’enseignement supérieur à déterminer les conditions dans lesquelles les services d’enseignement des enseignants-chercheurs … pourraient être modulés ». on risque de revoir réapparaître la notion de bon et de mauvais chercheurs (voir une précédents chronique sur ce blog).

 

Et en plus vous avez gagné, pas de chance, car l’université du Maine, qui fait souvent du zèle, a été retenue pour tester dès la semaine prochaine le dispositif de suivi de carrière reporté d’un an par le CNU mais accepté par certaines sections du CNU dont la 68 dite de Biologie des organismes. Bon courage chers collègues.

 

 

 

 

Suivi de carrière, un sursis !

Jeudi 14 avril 2016

La procédure de suivi de carrière des enseignants-chercheurs devait, pour la vague B donc pour l’université du Maine, débuter en mars dernier mais sous la pression des membres du CNU, des syndicats et celle d’une pétition en ligne, la CP-CNU à pris la sage décision d’annuler pour l’année 2016 cette procédure.

 

C’était prévisible dans la mesure ou de nombreuses sections du CNU ont voté en début d’année des motions s’opposant à la mise en place du suivi de carrière par leurs instances. La plupart s’opposant à toute procédure récurrente, systématique et obligatoire d’évaluation individuelle des enseignants chercheurs; faisant remarquer que cela n’était pas prévu dans les missions qu’ils avaient accepté lors de leurs élections. Enfin beaucoup de motions mettent en garde sur le risque d’un lien entre le suivi de carrière et la modulation des services, assimilant l’enseignement à une sanction, ce qui serait navrant en allant de plus en plus vers une conception productiviste du savoir et de la recherche.

 

Mais dans la mesure où l’application internet est déjà  prête sur le site du Ministère, ce n’est que partie remise. Il est à craindre que cette procédure qui n’est que la reprise du projet d’évaluation de Valérie Pécresse, dont l’un des buts était d’instituer la modulation des services, ressorte de plus belle en 2017, année électorale.

 

Depuis la nuit des temps, le principe des libertés universitaires garantit l’indépendance des enseignants chercheurs et n’accepte comme évaluation que celle de leurs productions scientifiques par des pairs de la même spécialité.  Elle reste la règle fondamentale de fonctionnement des universités.

 

Bien que n’étant plus directement concerné, je reste convaincu que l’indépendance des enseignants-chercheurs, dont j’ai bénéficié tout au long de ma carrière, est la seule condition qui permette de participer de façon objective aux différentes missions confiées par la fonction publique. Sans préjuger du résultat des prochaines élections présidentielles, il serait judicieux d’anticiper en abandonnant complètement et dés maintenant cette procédure dite du suivi de carrière comme le réclame les syndicats.

C’est raté

Mercredi 6 avril 2016

L’Assemblée Nationale a voté hier, à la majorité absolue, la loi dite de « modernisation » de l’élection présidentielle qui remplace, entre autres, la notion d’égalité du temps de parole à la télévision et á la radio par la notion d’équité. En lisant entre les lignes, c’est faire la part belle aux trois grands partis politiques. Ce concept de l’équité, inventé pour l’occasion par nos technocrates, sera basé sur la représentativité des candidats et leur contribution à l’animation des débats. Il est bien évident que ce sera au détriment des candidats des petits partis politiques même si dans les derniers quinze jours l’égalité sera à nouveau respectée. C’est le CSA qui devra déterminer l’équité en se basant sur les résultats obtenus aux précédentes élections, sur la contribution de chaque candidat au débat électoral (celui qui fait le plus le buzz !) et sur les résultats des instituts de sondages (toujours très fiables puisqu’ils n’avaient même pas prévu la présence de Jean Marie Le Pen au deuxième tour en 2002 !). Ça c’est de la démocratie !!!

 

Une simulation, réalisée par le journal «Le Monde»,  montre que si ce système avait été appliqué en 2012 le temps de parole de Hollande et de Sarko aurait été doublé, celui du front national augmenté de moitié et celui des autres candidats réduits d’un facteur 10 et de plus de 90 fois pour Cheminade (pour ce dernier, je reconnais que c’est moins grave !). Mais que reste-t-il de ce qui est écrit sur le fronton de nos mairies ?

 

La pétition contre cette loi n’a pas récolté suffisamment de signatures pour inquiéter le gouvernement (pas comme celle sur la loi El kromy) ni pour sensibiliser les députés; de plus les médias en ont peu parlé comme si, en fin de compte, cette nouvelle règle les arrangeaient en leur simplifiant la vie. Mais ce n’est qu’une hypothèse !